Récits

Le mercredi 4 avril 2012

"Les règles du Jeu ont changées"


"L'Ost Pourpre a fêté ses quatre années d'existence en octobre de l'année passée. L'arrivée du Cataclysme a bouleversé les projets de la Connétable Aurys de Nor Laedro, mandatée par la mystérieuse organisation Nouvelle Arathor pour accélérer la création d'une loge à Hurlevent et attirer de nouveaux adeptes via l'entreprise militaire et humaine des Fils du Nord.
La Connétable passe tout son temps au travail, ce qui n'est pas sans impact sur sa vie conjugale. De même, elle se voile la face devant les difficultés éprouvées par son bras droit et amie, le Chambellan Lomah de Sangre, tiraillée entre son amante, Hadjirah Lahidi, touchée par un mal inconnu et plongée dans le coma, sa nature particulière et son devoir d'Officier. Aurys se repose alors sur la vénérable Zorahé, dont les interrogations sur son passé sont remontées à la surface, et Tellxeios, l'efficace trésorier, revenu après un long exil obligatoire pour échapper à ses créanciers.

Malgré l'enquête approfondie menée par Doréane, Kothran, Elicetian et Lyranys, sous l'égide de Lomah de Sangre et les mises en garde qui en ont résulté, la Connétable, pressée par la Loge Première de la Nouvel Arathor, décide malgré tout de confier le financement du Festival du Nord au désagréable Flinson Steelwood qui s'offre une seconde virginité morale en s'incrustant dans l'action des Fils du Nord.

A l'aube de la fête du Voile d'Hiver de cette année là, le bilan est un peu sombre.
Odeline de Quelliade et son mari, Thelomnius ont du mal à surmonter les épreuves infligés à leur couple. La prêtresse se plonge intensément dans son devoir de Lieutenant et son office à la Chapelle du bastion, supplée par Hadariel Saer, afin d'oublier les démons de l'adultère qui plane sur son mariage.
Lixia, médecin émérite, déserte mystérieusement ses fonctions laissant une infirmerie vide et plongeant le pauvre Paullariand Dourenté, promu secrétaire générale administratif, dans un chaos de propositions d'embauches qu'il doit gérer seul, sa précieuse supérieure, Hadjirah Lahidi, n'étant toujours pas revenue à elle.
Lomah de Sangre, quant à elle, maquille son désespoir sous d'épaisses couches de maquillage et de cynisme. Tout ce qu'elle a entrepris jusqu’à présent s’est soldé par des échecs cuisants : L'Echiquier peine à se relever des pertes dues au Cataclysme et à ses conséquences politiques, ses expériences alchimiques ont été réduites à néant, laissant comme seule rescapée Doréane Salandor, et sa précieuse Hadjirah semble vouée au sommeil éternel. A mesure que s'étend le pouvoir de Ragnaros sur les terres d'Azeroth, elle entend son appel et songe de plus en plus à partir le rejoindre, convaincue d'être une bombe à retardement pour les siens. Cette perspective réjouit Khalys, réprouvée et Némésis de toujours de la rousse incendiaire qui lui propose de l'accompagner sur les Terres de Feu pour confronter ses angoisses.

Néanmoins, une nouvelle année offre une nouvelle renaissance.

Le premier conseil des Fils du Nord depuis presque un an se tient à Stromgard. Le paysage des alliés de l'Ost pour reconquérir les terres du Nord a considérablement changé, mais les motivations sont toujours là bel et bien réelles et un objectif militaire se dessine enfin pour les prochains mois à venir : Andorhal.
Hadjirah Lahidi ouvre enfin les yeux. Amoindrie à jamais, elle quitte ses fonctions de Sénéchal pour devenir Archiviste de l'ordre.
Doréane prend son courage à deux mains et interroge enfin Lomah sur la nature de l'intervention qu'elle a pu subir pour échapper à la maladie de la Chonya. La réalité la secoue et ne fait que resserrer ses liens avec la Chambellan, un peu malgré elle.
Zorahé recouvre pleinement sa motivation et s'implique activement à soutenir une Aurys de plus en plus débordée par son travail.
Tellxeios a ouvert un commerce de pierres précieuses florissant.
L’Échiquier recrute en grand secret parmi les membres de l'Ost.
Suivant les plans de la Loge Première, Aurys débute la mise en place d'une Loge de la Nouvelle Arathor à Hurlevent, en préparant l'initiation d'Odeline.
De son coté Kothran Merath décide de faire cavalier seul et s'adonne à une chasse au réprouvé quasi suicidaire. Mais n'est-ce pas dangereux pour un chevalier comme lui, au lourd passé carcéral, de s'adonner à ce genre de vilain petit jeu ?

De nombreuses nouvelle recrues font également leur apparition, prêtes à écrire leur propre récit dans la grande épopée de l'Ost Pourpre.

C’est sur ces entrefaites qu'apparait une mystérieuse jeune fille, du nom de Freckles, qui aborde Archibald Demes pour lui confier un étrange secret. Elle viendrait du futur, serait Karin de Sangre, la fille du Chambellan, et aurait gravi les Grottes du Temps pour prévenir son père adoptif d'une terrible menace : Le jour où sa mère viendrait à disparaitre de l'Ost pourpre, la vie d'Aurys serait menacée par un assassinat, entraînant par la suite un enchainement d’événements funestes aboutissant à la destruction totale de l'humanité par la Val'kyr Sylvanas.
Est-ce la une vérité ou les élucubrations d'une pauvre folle ?
Et que penser de cet ouvrage polémique paru à Hurlevent au sujet de l'Ost Pourpre et de sa dirigeante, ouvrage dont la rédaction semble commanditée par des intérêts opposés à ceux des Fils du Nord ?

L'avenir nous le dira..."

Signé, Lomah de Sangre

Le jeudi 9 juillet 2009

Mais qui est le Soldat Rainer ?


- Raaaah, putain de Fléau !
Rainer se plia en deux pour éviter un coup, se redressa d’un bond et jeta son épée en travers de la tête difforme de la goule. Une mâchoire cliquetante fit un vol plané à quelques mètres de là.
- Miséricorde, pardonnez ces jurons impies, pria-t-il en évitant les griffes chercheuses de la créature puante.
Il botta férocement les pattes agressives, réduisit quelques membres en miettes. Plusieurs crocs – ceux qui n’étaient pas partis avec la mâchoire – tentèrent de déchiqueter son bras.
- Mais tu vas crever !!
Il se jeta en arrière, vers un flambeau faiblard qui faisait principalement de la figuration dans ce vilain décor. Son épée dans une main, la torche dans l’autre, il assaillit le mort-vivant. Un coup à droite, un coup à gauche ! La bestiole craignait le feu et ne cessait de gronder. Enfin, il l’empala méchamment de son arme et en profita pour lui asséner le flambeau dans le ventre. L’autre ne résista pas longtemps.
- C’est comme ça que tu es bien, ignoble truc, lança Rainer d’un air dégoûté. Putain de Fléau !
Il dut se signer et demander encore pardon. La vulgarité, c’était le mal. Seul le Fléau pouvait le pousser à une telle extrémité.
Il revint vers le village saccagé, la mine sombre. Beaucoup de gens étaient morts cette nuit, massacrés en masse par ces saletés. La garnison en faction dans le coin avait mis du temps à se pointer, encore plus à riposter. L’attaque avait été virulente. Il n’y avait pas eu grand monde à sauver.
Les combats se terminaient sur des dégâts considérables. Rainer aida quelques uns de ses compagnons soldats, acheva des morts-vivants, libéra des villageois terrorisés – bien peu, malheureusement...

Pour lire la suite (écrite par Roan) : cliquez ici.

Signé, Roan

Le mercredi 11 mars 2009

Ode à Lordaeron

Ô prairie de mon enfance
Te souviens-tu des madrigaux fleuris
De nos charmants troubadours
Lorsque les vignes charrient
leurs foisonnant grains d'amour ?

Ô fleur de l'adolescence
Entends-tu le chant exquis
Des nos belles lavandières
Lorsque le linge se bat et vit
Dans le flot puissant de nos rivières ?

Ô champ de blé paternel
Comprends-tu l'exaltation de tes fils
Quand nos cloches au carillon béni
Sonne le ralliement éternel
De leur vibrante patrie ?

Ô muraille maternelle
Protèges-tu encore dans ton ventre
La cité des rois, belle et fière
Pour que jamais la guerre n'entre
dans tes tranchées nourricières ?

Ô impénétrables tombes
De nos cœurs violemment arrachés
N'oubliez pas que jamais ne succombe
La soif de justice de l'enfant exilé
pour Lordaeron, son unique épousée

Signé, Lomah de Sangre

Le dimanche 8 février 2009

Espoir


C’est le silence qui me réveilla. Un silence entier, absolu, d’une pureté qui n’avait rien de naturel. C’est ce silence qui attisa en mon corps la sensation de terreur, bien avant qu’elle ne s’empare aussi de mon esprit.
La pièce dans laquelle je me trouvais était noire. Pas du noir dont est faite la saleté grouillante des cachots infâmes où les criminels attendent le jour béni où un rat plus audacieux que les autres viendra enfin leur trancher la jugulaire. Pas non plus de ce noir enveloppant qui donne son aspect laineux à la nuit, pelotes brumeuses qui nous cernent et réduisent l’univers à notre seul souffle.
Non, la salle où j’étais enfermé était d’un noir si pur, si profond qu’il semblait devoir attirer à lui et dévorer toute lumière se risquant à l’approcher. Il m’était impossible de savoir quelles en étaient les dimensions, et si je parle de salle c’est simple réflexe de mon esprit qui tente ainsi de se fixer d’illusoires repères pour ne pas sombrer dans la démence. Je me redresse lentement, craignant un plafond inexistant. Je peux me voir, c’est un fait. Mais au-delà de mon propre corps les ténèbres sont seuls maîtres. Je n’ai pas le courage de parler. Pas le courage de résister si aucun son ne parvient à mes oreilles. Je fais quelques pas, puis m’arrête. Inutile. Rien ne me guette, tapi dans l’ombre. La menace vient de mon esprit. Qu’il cède, et c’est la fin.
Je m’assois puis m’allonge. De la patience, c’est ce qu’il me faut. Une crampe à l’estomac m’arracha une grimace. De la patience … et un soupçon de chance.

*

On m’a apporté à manger.
Je me suis finalement assoupi et c’est à mon réveil que j’ai découvert une pleine assiette de soupe chaude bien grasse à mes côtés. J’ai un haut-le-cœur en empoignant le plat mais je ne peux me résoudre à refuser l’offrande. Ils pourraient comprendre. Ils sont plus intelligents que moi. Plus rusés que moi. Ils m’observent certainement en ce moment. Ils m’observent certainement quand je dors, épiant mon souffle, scrutant mes mouvements, jaugeant mes murmures. Une seule erreur et tout sera terminé.
Je repousse l’écuelle vide. Sans doute le potage était-il nourrissant, mais il ne laissa en moi qu’un goût fétide qui me donna la nausée. Le colporteur avait vu juste. Aucune nourriture ne réjouirait plus mon corps. Ma conscience seule luttait et ne m’abandonnerait qu’à l’ultime instant. Plaise aux dieux que je tienne jusque là.
Je me lève en dépit de la lassitude. Depuis combien de jours suis-je ici ? Deux ? Trois ? Je m’efforce de ne pas compter. Le temps passant, l’absence de repères ne pourrait que fausser mes estimations. La douleur à l’estomac serait ma dernière pendule, le sablier qui annoncerait la venue de mon heure. Je marche au hasard de droite à gauche, feignant de chercher une issue, ainsi qu’avaient dû le faire tous mes prédécesseurs – ainsi qu’Ils attendaient sans doute que je fasse.
Un soupir s’échappe de ma gorge par réflexe, mais aucun bruit ne parvient à mes oreilles. Une bouffée d’angoisse m’envahit et je me retourne pour revenir sur mes pas, retrouver l’écuelle et mon premier foyer. Peine perdue. Soit je ne retrouve pas l’endroit, soit l’assiette n’est plus où elle était – à moins qu’elle n’ait simplement jamais existé… Je m’efforce de ne pas pleurer et décide de me recoucher. Un sanglot à peine étouffé quitte ma poitrine au moment où je m’installe. Seules les ténèbres lui répondirent.

*

J’ai de plus en plus de mal à me nourrir.
Je donne le change en absorbant tout ce qui m’est apporté mais je sens bien que mon corps ne le supporte pas, et je suis pris de crises que je masque avec peine. Le temps passe et résonne dans chacune de mes veines à mesure que les champignons font leur effet. Quelle mort atroce que celle que j’ai choisie ! Pour rien au monde, je ne l’aurai laissée à d’autres.
"11 jours, jeune homme, 11 jours et tout sera fini. A la prochaine lune, au moment fatidique, le processus s’achèvera et tu mourras. Et tu ne mourras pas seul."
Le poison qu’il m’avait donné rongeait mes organes, faisait bouillir mon sang, se révoltait à chaque morceau de nourriture, à chaque bouffée d’air frais. Il me dévorait aussi sûrement que le ferait la peste ou le typhus, mais il ne s’en prenait pas à ma raison, me laissant subir ces douleurs sans l’alternative de la folie. C’était à ce prix que je pouvais agir. Que je pourrai agir.
Mon seul réconfort venait du souvenir des visages des gens du village. Des visages aimants et sincèrement émus par mon geste, moi qui n’avais pas réellement de raisons d’agir ainsi, en tout cas pas plus qu’un autre. Des visages que j’aurais aimé toucher, embrasser, chérir une dernière fois, mais que je ne reverrai jamais. Cela Ils ne pourraient me le prendre en dépit de tous leurs artifices. La lumière serait rendue à ces visages.
Nouveaux tremblements. Epuisé, las, je décide de me rendormir. Ce n’est qu’une fois couché que je me rends compte de la rigidité de mes membres. Le temps passait, inexorable.

*

Je suis mort.
C’est un fait, et seule mon apparence donne encore le semblant de la vie. La chaleur a fini par quitter mes entrailles, et je n’ai presque plus besoin de respirer. La nourriture ne m’est plus d’aucune utilité. Même mon cœur n’œuvre plus que symboliquement, sans doute par réflexe, hommage dérisoire à nos trente-deux années passées ensemble. Les champignons sont partout, ma chair et mon sang sont leurs demeures et je n’y suis plus chez moi. Cela je le ressens, je le sais, je le vis, mais quiconque m’apercevrait ne saurait s’en rendre compte. Ma peau est toujours rose, mes yeux brillants, mes cheveux fièrement dressés sur mon crâne selon la tradition de mon peuple. Un homme en pleine santé, c’est ainsi que l’on doit me voir. C’est ainsi qu’il faut que l’on me voie.
J’ai peur.
J’ai peur de bouger. J’ai peur d’ouvrir la bouche. J’ai peur de me passer la main dans les cheveux, de crainte qu’ils ne tombent. Je sais que cela ne tient à rien, que tout est pourri en moi, qu’il suffirait d’un souffle pour que dents, peau, chevelure et ongles s’affaissent enfin, découvrant le grotesque pantin de chair putride qui se dissimule en attendant l’heure où il lancera à la face du monde les ultimes soubresauts marquant la victoire de la maladie sur l’homme insensé.
L’espoir.
Il ne cesse de grandir en moi avec le temps, et plus mes os s’effritent sous la corruption de ma moelle, plus j’attends l’instant crucial avec bonheur. Tout ceci a un sens. Tout ceci a une raison et un but. Tout ceci n’est pas vain. Et la preuve viendra à son heure. Le marchand nous l’a dit en nous donnant le poison. Le patriarche a prié pour le succès. De la vallée où vit notre village, de sa petite rivière poissonneuse tombant des montagnes, doivent monter depuis le jour de mon arrivée ici d’ininterrompues prières que je ne peux décevoir. Et si ces prières semblent se fracasser, risibles tentatives, sur les murs d’acier du château des monstres, ceux-ci ignorent qu’elles ont déjà porté leur vengeance au sein même de leur repaire.
L’attente ne saurait plus être longue.

*

Ils sont venus me chercher.
Je bénis le savoir du colporteur et du patriarche. Le temps a joué pour nous, et tout va bientôt s’achever. Aveuglé par la lumière à peine naissante du ciel d’hiver, je me laisse porter par des poignes puissantes, abandonnant derrière moi les ténèbres gloutonnes. La délivrance de la mort ne saurait tarder.
On me jette au sol. Quelques graviers transpercent la peau de mes mains, pas plus épaisse qu’une feuille de papier. Je dois attendre. Mes yeux commencent à se rappeler ce qu’est le jour et je distingue mes premières formes. Mes geôliers ont disparu. Peu importe. Ce ne sont que des laquais.
Je grelotte. Est-ce le vent des montagnes qui me transperce ainsi, ou le désert de mon corps réagit-il à ma dernière heure ? Je n’ai que faire de la réponse, car déjà il arrive. Le carrosse sans cocher. Noir comme le fut ma prison. Le premier et le dernier qu’ont vu mes prédécesseurs. Le premier et le dernier que je verrai. La porte s’ouvre devant moi. Je monte sans hésiter mais mes muscles me trahissent, et je m’affale sans honneur sur l’un des sièges. Un fouet claque, et le carrosse repart. Les chevaux connaissent leur office.
Je ne suis pas surpris de découvrir l’un d'eux en face de moi. Vêtue de lourdes parures chatoyantes, tenant une canne d’ébène dans ses mains gantées, le regard vitreux braqué sur ma personne, la liche me regarde du haut de sa non-vie éternelle. Une liche. L’un des serviteurs du Fléau. Ceux que je suis venu détruire.
Le carrosse tressaute au moment où l’attelage s’engage sur les sentiers cahoteux, mais le regard de l’ennemi ne me lâche pas. A moins qu’il ne me voie même pas. Qui suis-je après tout pour mériter son attention ? Combien avant moi a-t-il mené par le même chemin jusqu’au puits où le sang des victimes sert de matière première à de sombres expériences ? C’est contre cela que je me suis levé. Quand le marchand réprouvé est passé au village et nous a présenté son poison, j’ai su que nous tenions notre chance. Tous les mois, les goules viennent à la nuit tombée s’emparer d’un habitant pour leurs maîtres. Tous les mois le village décide de sacrifier l’un de ses membres pour assurer sa survie. Chacun sait que les goules refuseront de ramener une victime qui ne soit pas en pleine santé et se vengeront sur les villageois. Ce sont les meilleurs d’entre nous qui doivent ainsi partir, douze fois l’an. Pour notre survie.
Je souris faiblement en me tassant sur les coussins pourpres de mon siège. Parvenu au puits, je serai jeté dans le liquide vermillon sans autre forme de procès. Plongé dans le fluide bouillonnant, le sang qui s’y trouve appellera le mien et s’en emparera, offrant aux créatures du Fléau la matière de leurs nouvelles créations. C’est pourquoi ils ne prennent que des sacrifiés sains. C’est pourquoi ils vont mourir.
Le réprouvé avait la solution. Son poison génère une maladie rampante, lentement mortelle. Les champignons qu’elle crée se répandent dans tous le corps et, lorsque le moment est arrivé, explosent par tous les pores, tuant le porteur et infectant son entourage – infectant les litres de plasma qui m’engloutiront. Mais l’infection donne l’illusion de la santé. Il fallut peu de temps au patriarche et au marchand pour calculer le meilleur moment pour avaler le poison. Il fallut peu de temps pour que je me porte volontaire.
Le carrosse s’arrête. La porte s’ouvre. Le vent de la montagne s’engouffre dans la brèche et me transperce de mille aiguilles. Sans doute sommes-nous très haut, non loin du pic. Des mains invisibles s’emparent de moi et me jettent hors du véhicule. La lumière fouette mes yeux et m’arrache un cri de douleur tandis que je me sens porté. Un pas, deux pas. Une impression de flotter. Puis le liquide, enveloppant, giclant, insinuant en moi sa froideur assassine.
Tout est fini.
Je me redresse.
Je sors la tête du fluide.
Cela ne devrait être.
La liche est sortie du carrosse. Ses yeux légèrement ennuyés semblent scruter un horizon qui me dépasse, loin derrière moi. Je me retourne, alors que l’eau qui m’entoure engourdit déjà mes membres et mes pensées. L’eau qui m’entoure.
En contrebas, la vallée. D’ici je peux voir la rivière riante qui serpente au milieu du village et lui apporte sa pitance quotidienne. Entre nous, ses cascades où, enfant, j’ai longtemps joué à attraper du poisson. Des cascades qui coulaient du grand lac des cimes qu’on disait don des dieux. Ce lac où je me trouvais maintenant.
Je jaillis des flots. La rive n’est pas si loin ! Un maigre effort comparé à l’enjeu. Tout sauf ça…
Mon cœur se sert soudain. Non. C’est tout mon corps qui se rétracte. Il n’y a plus assez de choses en moi pour un cri, pour un pleur. Même la liche ne daigne pas me regarder mourir.
Les champignons dansent leur dernier bal. Mon sang bouillonne et répand dans l’eau cristalline des myriades de spores que le courant entraîne avidement vers la cascade, vers la rivière, vers le village qui s’éveille.


Je sombre.

 

 

Signé, Aurys